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Jane Goodall :Nous sommes ce que nous mangeons
Pourquoi s’intéresse-t-elle aujourd’hui à la nourriture ? Toujours à cause des animaux. D’entrée d’entretien, sa colère gronde. "Quand des gens me disent qu’ils sont révoltés par les traitements que nous infligeons aux animaux, cela me met en rage. Que font-ils pour les empêcher ? Quels animaux mangent-ils tous les jours ? Aident-ils les populations défavorisées qui tuent les espèces menacées pour se nourrir ?" Jane Goodall est une vieille dame indignée. Il y a de la suffragette britannique, de l’anarchiste activiste derrière ce sourire lumineux. En arrivant à l’Ecole nationale de chimie, elle courait dans l’escalier. "Je fais un peu de gymnastique. Je suis végétarienne, regardez comme je suis en forme. Nous pouvons tout à fait nous passer de viande, vous savez !"...
"Au départ, je voulais juste écrire un livre de recettes végétariennes, explique Jane Goodall avec son joli sourire de grand-mère. Et puis j’ai commencé à enquêter sur la façon dont le monde se nourrit. J’ai été épouvantée. Nous avons perdu la raison !" Son ouvrage commence par un hommage à la cuisine française et à notre tradition de pays "gourmet". Elle y décrit sa fascination pour toutes les expressions culinaires hexagonales importées dans la langue anglaise : apéritif, croquette, consommé, croûtons, flambé, hors-d’œuvre, gratin, quiche, liqueur, mayonnaise, petits fours, soufflé… Puis elle s’étonne qu’entre 1997 et 2003, l’obésité ait augmenté de 15 % en France – que 11,6 % d’adultes et 15 % d’enfants y souffrent de surpoids. Le docteur Jane Goodall a une explication.
"La multiplication des fast-foods, la mondialisation d’une cuisine bon marché à base de viande et d’huiles sursaturées, voilà ce qui a altéré la tradition française du bien-manger, son goût pour les produits frais et de terroir.
– Vous n’allez pas convaincre les Français de devenir végétariens…
– Ils pourraient manger moins de viande. Ils pourraient s’interroger sur l’élevage et l’abattage de masse, se demander quelle philosophie justifie toutes ces souffrances. Pensez à ce qu’est la vie d’une vache, élevée en prison, piquée aux hormones, s’effondrant sur elle-même, souvent envoyée à l’abattoir consciente, écorchée vive.
– Ecorchée vive ?
– Je n’invente rien. De nombreux animaux meurent dans des conditions effroyables, dépecés encore vivants, lisez le reportage de Gail A. Eisnitz sur les abattoirs de Chicago [Slaughterhouse : the Shocking Story of Greed, Neglect, and Inhumane Treatment Inside the US Meat Industry, Prometheus Books, 1997]. Avez-vous déjà approché une vache ?
Enfant, j’allais à la ferme de ma grand-mère dans le Kent. Les vaches répondaient à leur nom, nous connaissions la personnalité de chacune, le troupeau paissait dans un pré de trèfles, changeait de pâturage. Ensuite, nous y mettions les cochons qui retournaient la terre, dévoraient les bouses, éliminaient bactéries et parasites. J’adore les cochons. Ce sont des bêtes très intelligentes, joueuses, affectueuses, comme les chiens. Quand on pense qu’ils sont enfermés dans des porcheries minuscules où règne une odeur infernale, alors qu’ils possèdent un odorat extrêmement fin ! En mangeant tous ces animaux, qui ont longtemps été nos dieux, nos proches, nous mangeons leurs souffrances, nous incorporons les tortures qu’ils subissent. Je ne peux pas l’oublier."
De la façon dont l’homme traite les animaux, il traitera les humains. C’est un des thèmes récurrents chez Jane Goodall. "Prenez les premières chaînes de montage des usines Ford, elles ont été copiées sur le modèle des abattoirs. Ce n’est pas par hasard." Henri Ford, selon elle, avait remarqué que parcelliser les opérations d’écorchage concentrait les employés sur une activité mécanique – qui leur évitait toute réflexion. On n’abattait plus des bêtes, on abattait un travail. Sans état d’âme. En appliquant ces méthodes aux humains, Henri Ford a inauguré les "temps modernes" décrits par Chaplin. L’ère industrielle qui a déshumanisé le travail – et le travailleur...
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| Née à Londres, le Dr Jane Goodall est une autorité scientifique reconnue à travers le monde. En 1960, elle réalise une étude sur les chimpanzés de Gombe en Tanzanie, dans laquelle elle fait état d’une découverte scientifique importante : leur capacité à fabriquer et à utiliser des outils. Le Dr Jane Goodall ne cesse de parcourir le monde afin d’alerter l’opinion publique sur les dangers qu’encourt notre planète et de faire évoluer les comportements individuels vers une meilleure prise de conscience des enjeux environnementaux. En 2004, ce fut au tour de la France d’accueillir un Institut Jane Goodall regroupant des disciplines aussi diverses que la primatologie, l’anthropologie, la politique... Reconnue par les plus grands scientifiques, l’œuvre de Jane Goodall a été couronnée de nombreux prix, et cette dernière a reçu, en France, le titre d’officier de la Légion d’Honneur. Son autorité dans le domaine de la sauvegarde de la nature lui offre la possibilité de faire entendre son plaidoyer pour une alimentation citoyenne. Déjà publié d’elle en français : les Chimpanzés et moi, le Cri de l’espoir, Stanké, Ma vie avec les chimpanzés, l’Ecole des loisirs. |
Voir en ligne : Jane Goodall
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