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Bien-être

« Considérer le malade dans sa globalité, corps et esprit »

« Considérer le malade dans sa globalité, corps et esprit » Pour le psychothérapeute Thierry Janssen, la médecine conventionnelle doit intégrer des pratiques mettant le malade et son environnement au centre du débat.

Comment expliquer l’engouement pour les médecines dites alternatives ou complémentaires ?

Interview de Thierry Janssen

Dans les pays occidentaux, 40 à 75 % des patients recourent à ces approches, mais plus des deux tiers n’osent pas l’avouer à leur médecin. Certes, la médecine scientifique a réussi à prolonger la durée de vie, mais elle doit maintenant faire face à toute une série de maladies dégénératives et chroniques, liées à l’allongement de cette durée de vie, pour lesquelles elle a peu de réponses efficaces. Autre souci : trop de chimie et de technologie déshumanise la médecine. La science réductionniste engendre une vision parcellaire de l’individu : on soigne des symptômes, des pathologies ou des organes. Les malades veulent être considérés dans leur globalité, corps et esprit, en lien avec leur environnement. Nées de l’empirisme, les approches alternatives et complémentaires respectent cette globalité. Les patients y sont entendus et cela intervient de manière essentielle dans le processus de guérison.

L’effet placebo est souvent évoqué pour rendre compte de l’efficacité de ces médecines. Qu’en pensez-vous ?

L’effet placebo intervient dans toutes les formes de traitement sans exception. Cependant, il ne suffit pas. Dans l’acupuncture, par exemple, seule la stimulation de points précis produit les effets attendus, et de récentes études montrent l’activation d’aires cérébrales spécifiques en lien avec les effets obtenus. De telles observations nous obligent à élargir nos concepts.

Qu’est-ce que la médecine conventionnelle a à gagner de l’évaluation scientifique de ces médecines ?

La médecine scientifique réclame des preuves. C’est sa force mais aussi sa faiblesse. Car, faute de compréhension de certains faits, elle a tendance à écarter de son champ des approches pourtant pleines de bon sens. En s’intéressant à d’autres manières de soigner, la médecine conventionnelle pourrait s’enrichir et faire de belles découvertes. Ainsi on sait que, dans le corps, l’information est véhiculée par les systèmes sanguin et nerveux. Or, à Harvard, on étudie aujourd’hui un mode de communi-cation beaucoup plus ancien, à travers le tissu conjonctif, jusqu’au niveau des chromosomes. Certains chercheurs pensent que celui-ci pourrait expliquer les effets de l’ostéopathie ou de la chiropraxie. « L’ambition d’une vraie recherche est d’ouvrir la voie à des questions nouvelles » , écrivait l’orientaliste Henri Corbin. A force de tout classer en colonne verticale, le réductionnisme scientifique oublie d’établir des ponts. Pourtant « la vie ce n’est pas les molécules, disait le prix Nobel Linus Pauling, c’est les liens entre les molécules » . En s’intéressant à ces liens, la médecine moderne renouerait avec la vie.

Ce concept de médecine intégrée qui est en train d’émerger, comment le définiriez-vous ?

Comme une médecine où le patient est au centre du débat. Cela implique que les thérapeutes et les médecins réunis autour de lui se comprennent et adoptent un langage commun, au-delà des systèmes explicatifs propres à chaque culture thérapeutique. Il ne s’agit pas d’abandonner les acquis de la médecine scientifique, mais plutôt de l’enrichir de concepts plus larges, au service des patients. En attendant que la médecine conventionnelle intègre ces pratiques parfois millénaires, véritable patrimoine de l’humanité, les patients cherchent par eux-mêmes. Le danger est qu’ils peuvent alors s’adresser à des charlatans. C’est-à-dire des gens mal informés ou mal formés qui, sans être forcément de mauvaise foi, ne sont pas à même de les aider. C’est la raison pour laquelle ces médecines ne devraient plus être considérées comme « parallèles » mais bien « complémentaires ».

* Chirurgien de formation, aujourd’hui psychothérapeute, il est l’auteur de la Solution intérieure – vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit , Fayard.

Sylvie Riou-Milliot
Sciences et Avenir

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