Destiné à protéger les semences de maïs des larves de taupin, c’est un produit proche du Gaucho et du Régent, considérés dangereux notamment pour les abeilles.
Parmi le milliers d’espèces pollinisatrices que compte la France, les abeilles sont de très loin les plus efficaces. Or, depuis quelques années, leurs populations sont frappées par des taux de mortalité annuelle de 30 à 40 %, sans que l’on arrive à isoler un élément déterminant particulier. C’est dans ce cadre, et alors que la signature de lancement du plan Ecophyto 2018, qui prévoit de réduire de 50% l’usage des pesticides, est à peine sèche, que Michel Barnier, le ministre de l’agriculture vient de renouveler l’autorisation du Cruiser.
Celle-ci n’est toutefois valable que jusqu’au 15 mai 2009, tandis que les conditions d’enrobage des grains et d’utilisation des semences traitées sont plus « sécurisées » qu’en 2008. Ainsi, pour une même parcelle, le recours à un enrobage des semences avec du Cruiser n’est possible que tous les 3 ans. De même, lors du semis, des déflecteurs doivent être installés sur les semoirs afin de limiter les émissions de poussières d’insecticide. Enfin, seules les semences de maïs ensilage, maïs grain et maïs porte-graine femelle peuvent être traitées. Pour les autres maïs, doux et porte-graine mâle, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, l’AFSSA, recommandant de maintenir une distance de 3 km entre les ruches et les parcelles traitées, le ministère a préféré ne pas autoriser l’usage de cet insecticide face à la difficulté de réunir ces conditions de culture.
En outre, comme pour les conditions d’usages, l’évaluation des impacts environnementaux du Cruiser se voit également renforcée. Ainsi, l’évaluation reposera sur 6 régions (1), contre 3 l’an passé, tandis que le nombre et la précocité d’installation des ruchers suivis vont être revus à la hausse. Enfin, la mesure des poussières émises lors des manipulations va également faire l’objet d’une amélioration. Au final, le ministère de l’agriculture note que, si les éléments de suivi ou toute circonstance particulière le nécessitaient, l’autorisation d’utilisation serait immédiatement suspendue.
De son côté, le SPMF, syndicat des apiculteurs professionnels, déclare prendre acte de cette autorisation, en soulignant la nécessité que la filière maïs s’engage à respecter scrupuleusement l’arrêté d’autorisation. Néanmoins, pour le syndicat apicole, le Cruiser masque les 3 vrais problèmes de l’apiculture : le suivi des dossiers phytosanitaires, le parasite Varroa, la stérilité des reines. A titre d’exemple, citons :
la contestation qui est faite depuis plus de 20 ans de certaines homologations de substances insecticides « pleines fleurs » qui, tous les ans, sont responsables d’empoisonnements d’abeilles sur de multiples cultures ;
la faiblesse de la recherche pour trouver des solutions durables au varroa, un acarien parasite des abeilles et qui fait des dégâts énormes dans les ruchers ;
enfin, dernier point d’inquiétude majeure : la stérilité des reines. Aujourd’hui, près de 30% des reines seraient concernées sur les exploitations professionnelles considérées les plus performantes (mais aussi avec les pratiques les moins naturelles…, N.D.L.R).
Face à ces inquiétudes apicoles, si Michel Barnier a demandé de développer et d’intensifier les expertises visant à déterminer les raisons de la mortalité de ruchers sur l’ensemble du territoire, paradoxalement il appelle les firmes fabricants de pesticides à intensifier leurs recherches pour trouver des solutions de substitution afin de sortir de l’impasse technique dans laquelle se trouvent actuellement les agriculteurs qui doivent protéger le maïs des nuisances du taupin…
Pascal Farcy
1- Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes, Aquitaine, Alsace, Poitou-Charentes et Limousin
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