décembre 2004 par l’Institut National du Cancer aux deuxièmes rencontres parlementaires « Santé et Environnement »).
Aujourd’hui, même si le lien entre l’alimentation et le cancer est encore mal défini, une
conjonction d’indications alarmantes nous impose de nous interroger sur la qualité sanitaire
de nos aliments.
La menace des résidus de pesticides : 53% des fruits, légumes et céréales contrôlés
contiennent des résidus de pesticides, dont 8,9% à des doses supérieures aux limites
maximales fixées par les textes, tel est le constat établi pour la commission européenne par
les inspecteurs des fraudes (DGCCRF). (1).
Ce motif d’inquiétude s’est trouvé réactualisé par le WWF avec l’analyse sanguine de 14
ministres européens recensant 33 à 43 produits chimiques, dont des pesticides
OrganoChlorés. Une autre étude, toujours, menée par le WWF a établi que sur 78 produits
chimiques testés chez 155 adultes volontaires, 90% d’entre eux se retrouvaient dans une
analyse sanguine, qu’il s’agisse de pesticides OrganoChlorés, de PCB ou de PBDE – tous les
sujets testés étant contaminés par un nombre variable de ces polluants à des taux élevés.
Bien que ces études soient encore très insuffisantes, il est acquis que les produits
chimiques, consommés régulièrement à petites doses, s’accumulent dans l’organisme avec
des effets « CMR » (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques), allergisants, neurotoxiques,
altérant notamment la fertilité masculine. Une notable diminution de la concentration de
spermatozoïdes a été observée dans les pays industrialisés depuis la seconde Guerre
Mondiale (2) (3). Ces produits ont probablement dans notre organisme des effets cumulés
et synergiques – on appelle ça « l’effet cocktail ».
C’est chaque jour que nous subissons dans nos assiettes les effets de ces produits dont le
système de production et de transformation alimentaire est le principal responsable. Il est
primordial que nous ayons conscience des étapes successives qui conditionnent notre
alimentation de chaque jour et annoncent une très grave crise de santé publique.
Les agriculteurs, première victime des pesticides
L’utilisation intensive des pesticides dégrade la santé des agriculteurs. Outre
l’alimentation, la contamination agit par voie dermique et respiratoire, augmentant
considérablement la fréquence de maladies dues à leur exposition aux pesticides.
Une étude menée sur une trentaine d’agriculteurs par le Dr. Pierre Lebailly * fait état d’un
effet toxique complexe en établissant une relation de cause à effet entre l’exposition aux
pesticides et la survenance de cancers.
Lors des deuxièmes rencontres parlementaires « Santé et Environnement » du 9 décembre
2004, le Professeur Charles Sultan ** a exposé les résultats de travaux qui mettent en
évidence l’accroissement de malformations génitales et de cas de micro-pénis chez
les fils d’agriculteurs. Il a conclu son intervention par cette citation de Jean Rostand :
« Attendre d’en savoir assez pour agir en toute lumière, c’est se condamner à l’inaction »…
Face à la montée de ces risques sanitaires, la Mutualité Sociale Agricole (MSA) a lancé en
1991 le réseau de toxico-vigilance « Phyt’Attitude » qui recense, analyse et valide tout
signalement d’accidents ou d’incidents survenus lors de l’utilisation professionnelle de
produits phytosanitaires causant des dommages de santé. Un numéro vert a aussi été mis
en place (http://www.msa.fr/files/msafr/msafr_1102953756578_BILAN_PHYTO.pdf).
Les agriculteurs ont du mal à faire reconnaître le caractère professionnel de ces maladies.
Cependant, la situation évolue progressivement : en 1999, la MSA a conduit une enquête
mettant en évidence la présence d’effets indésirables chez 20% des utilisateurs de produits
phytosanitaires. Entre 1997 et 2003, elle a classé trois cas d’exposition aux pesticides
comme cause de maladies professionnelles :
Deux cas de maladies de Parkinson liées à l’utilisation de pentoxyde phosphore
pour l’une et de manganèse pour l’autre (pesticides) ;
Un cas d’aplasie médullaire liée à l’utilisation de pesticides.
Cette évolution reste cependant bien insuffisante. La situation sanitaire des
agriculteurs, pour le moins alarmante, est trop souvent oubliée.
(*) Docteur de l’Université de Caen
(**) Chercheur au Centre François Baclesse, à Caen, depuis 2001.
Article paru dans Libération le jeudi 23 mars 2006
Cancers professionnels : la piste des pesticides
En Gironde, une étude chiffre l’impact des produits toxiques sur les agriculteurs.
Les soupçons se confirment : l’exposition, professionnelle ou non, à des pesticides favorise la
survenue de tumeurs du cerveau. Le risque serait alors multiplié par deux ou trois, selon une
enquête menée en Gironde. « C’est une étude préliminaire mais solide, suffisamment pour mettre en
place dès maintenant des mesures de prévention », assure Marcel Goldberg (Inserm). Coordonnateur
d’un pôle de recherche sur l’épidémiologie des cancers professionnels, le chercheur présentait hier
les premiers résultats de ce programme initié en 2002 (1).
Diagnostic. Les objectifs sont ambitieux : étudier le rôle des risques professionnels dans la survenue
de nombreuses tumeurs (leucémies, cancers de vessie, du sein, du poumon, du cerveau…), mais
aussi mettre au point un système pour évaluer rétrospectivement les expositions d’un travailleur à
des toxiques, en fonction des métiers qu’il a exercés. En clair, il s’agit d’acquérir des données
cruciales pour améliorer la prévention et le diagnostic des cancers liés au travail. Un domaine où la
France a accumulé un retard phénoménal.
Les estimations font frémir : de 5 à 10 % des cancers seraient d’origine professionnelle, soit 15 000
à 20 000 cas par an, avec presque autant de décès. Dans les vingt ans à venir, l’amiante à elle seule
sera responsable de 50 000 à 100 000 tumeurs. Un bilan « inéluctable », insiste Marcel Goldgerg, les
expositions à ce toxique ayant déjà eu lieu. Au total, ce sont 2,4 millions de salariés (13,7 %) qui
sont exposés régulièrement à des cancérigènes selon Sumer.
Manque de moyens. Malgré ces risques indéniables, les cancers professionnels restent sousdiagnostiqués,
et bien souvent ne sont pas reconnus comme indemnisables. « Les tumeurs du nez et
des sinus ont un taux de reconnaissance élevé car ce sont des maladies assez rares et spécifiques.
En revanche, moins de 1 % des cancers de vessie sont indemnisés », cite ainsi le Pr Goldberg. Une
situation qui s’explique en partie par le manque de moyens (« en trente ans de carrière, j’ai passé
vingt-sept ans à mendier », ironise l’épidémiologiste ). Mais aussi par la complexité des études. Les
cancérigènes les plus puissants tels le nickel ou l’amiante qui multiplient le risque de tumeurs par
plus de quarante sont bien identifiés. Mais ceux dont l’impact est moins important, tels les pesticides
ou le formaldéhyde (2), sont moins connus. Au départ, les médecins ont été intrigués par le fait que
les agriculteurs meurent moins de cancers que la population générale, sauf au niveau du cerveau.
Isabelle Baldi (Bordeaux) a donc comparé 221 adultes vivant en Gironde et atteints d’une tumeur
cérébrale à des témoins de même âge et sexe.
Cancer et gliome. Le risque de cancer du cerveau apparaît multiplié par 2,58 pour les sujets les
plus exposés aux pesticides. Il atteint même 3,21 pour le gliome, une tumeur particulière. De même,
les personnes qui traitent leurs plantes d’intérieur avec des pesticides auraient un risque multiplié
par 2,6. Cette étude à petite échelle va être étendue à d’autres régions.
Sandrine CABUT
(1) Partenariat entre l’Association pour la recherche sur le cancer (Arc) et l’Association pour les accidentés de la vie.
(2) Utilisé notamment comme désinfectant et pour la fabrication des résines.
http://www.liberation.fr/page.php ?Article=369219
Le système alimentaire en crise
En amont de la course au rendement agricole, il y a l’appauvrissement de la terre et de la
valeur nutritionnelle de nos fruits et légumes auxquels s’ajoute l’emploi intensif des engrais
nitratés et pesticides de synthèse.
Vient ensuite l’élevage des animaux qui, regroupés en quantités délirantes dans la plus
grande promiscuité, sont préventivement soignés aux antibiotiques (ajoutés également à
l’alimentation pour accélérer la croissance et augmenter le poids).
Ensuite, au stade industriel, les produits alimentaires sont transformés avec toute une
panoplie de produits chimiques et additionnés de colorants, conservateurs et arômes de
synthèse.
Au dernier stade de l’altération, nos fruits et légumes sont cueillis avant maturité pour
résister au transport et perdent ainsi une partie de leur qualités nutritionnelles(4). Les
facilités de la grande distribution nous font croire qu’il est anodin de manger des fruits et
légumes hors saison comme des fraises en plein hiver. Or, il faut transporter ces aliments
qui viennent de loin, ce qui participe grandement à la pollution et qui est un autre facteur
de la dégradation de notre santé.
L’agriculture biologique, définie comme celle « n’utilisant pas de produits
chimiques de synthèse »(5), apporte une solution cohérente en termes de santé
aux problèmes soulevés par l’utilisation de ces produits. Elle impose le respect de la
vie des sols et de la biodiversité, et entraîne une meilleure qualité nutritionnelle des
aliments.
Nous n’avons plus d’autres choix que de miser sur une agriculture à 100% biologique. L’un
des buts d’OBJECTIF BIO est de dresser l’inventaire le plus exhaustif possible des effets
négatifs sur notre santé de l’agriculture intensive, en soutenant une alimentation et un
mode de production biologiques et en prolongeant sa proposition jusqu’à une
révision des pratiques de l’industrie agroalimentaire.
1 Pesticides : cancers, allergies, perturbations
immunologiques, neurologiques et hormonales
Plusieurs études, relayées par l’Organisation Mondiale de la Santé, démontrent un
lien de cause à effet entre l’exposition à long terme aux pesticides et de
nombreuses maladies. Les pesticides sont des promoteurs (perturbateurs
endocriniens), certains sont génotoxiques (mutagènes).
Nos enfants sont les premiers touchés : croissance et développement anormaux,
malformations congénitales, perturbations du système endocrinien (infertilité), altérations
dans le développement du système nerveux pouvant affecter les capacités intellectuelles et
causer des anomalies du comportement, cancers (leucémie, en augmentation chez l’enfant,
sarcome, lymphome et tumeurs cérébrales), affaiblissement du système immunitaire
augmentant ainsi les risques de contracter des maladies infectieuses, etc… 7% des enfants
souffrent d’allergies alimentaires.
Avant même leur venue au monde, les pesticides traversent la barrière placentaire et
contaminent le foetus. Les nourrissons sont ensuite contaminés par le lait de leur mère qui
concentre de fortes doses de pesticides (6), dont le DDT 20 ans après son interdiction.
L’agriculture biologique n’utilise pas de pesticides de synthèse :
elle cultive des variétés naturellement résistantes aux parasites et maladies (variétés
rustiques),
elle innove quant aux techniques de désherbage qu’elle met en oeuvre (faux semis,
désherbage mécanique, rotations…),
elle lutte contre les parasites et maladies des plantes grâce à leurs ennemis naturels dont
la présence sur l’exploitation est favorisée par la préservation des nids, l’entretien de haies
et de plantes relais et grâce au fait qu’elle préserve le système immunitaire des plantes et
des animaux.
L’agriculture biologique souffre cependant de la pollution car les pesticides se dégradent très
lentement et restent donc présents dans les sols durant des périodes très longues. De plus
l’eau et l’air véhiculent les produits chimiques, rendant aléatoire l’absence totale de traces
de la chimie de synthèse où que l’on cultive.
Une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Washington en 2002 montre le lien
entre alimentation et contamination par des substances chimiques : les enfants dont
l’alimentation est essentiellement biologique sont moins exposés aux pesticides que les
enfants dont l’alimentation est conventionnelle : on retrouve 6 à 9 fois moins de résidus de
pesticides dans l’urine des enfants nourris avec du « bio » que dans celle des enfants nourris
avec du « non-bio « .
Pour plus d’information sur les pesticides, consulter le dossier du MDRGF :
http://www.mdrgf.org/2sommpestos.html
2 Engrais de synthèse : cancers
90% des nitrates contenus dans les engrais ne sont pas fixés par les plantes et se
dispersent dans les sols et nappes phréatiques.
Cette contamination semble sans limites, affectant l’eau de boisson comme l’eau d’arrosage
et d’abreuvage des animaux d’élevage. Ces nitrates deviennent cancérigènes après avoir été
transformés en nitrites, nitrosamines et nitrosamides par une bactérie résidant
naturellement dans notre estomac (8).
Par ailleurs, leur production repose sur une consommation massive d’énergie fossile
(pétrole, nucléaire…) qui augmente encore l’effet de serre et la pollution.
L’agriculture biologique n’utilise pas d’engrais de synthèse, mais développe des
pratiques innovantes en matière de fertilisation (engrais verts, cultures dérobées, compost).
3 Semences industrielles : une alimentation déséquilibrée et
toxique
Toutes les semences proposées sur le marché ont été sélectionnées pour ne pousser qu’à
grand renfort d’engrais chimiques et de pesticides. Limitées à quelques variétés de moins
d’une trentaine d’espèces, elles provoquent une formidable érosion de la biodiversité.
Au delà des résidus toxiques, le recours massifs aux engrais et aux pesticides produit des
plantes trop riches en protéines de mauvaises qualités et carencées en oligoéléments et
antioxydants indispensables à notre santé. Notre organisme a besoin de disposer d’une
grande diversité de fibres, oligoéléments et antioxydants. Il ne peut trouver cette diversité
que dans une alimentation diversifiée, provenant de cultures elles aussi très diversifiées et
non dans les plantes issues des semences industrielles.
Malgré les restrictions réglementaires, l’agriculture biologique utilise la diversité des
semences paysannes, sélectionnées dans les champs des paysans, avec les paysans,
adaptées à la diversité des terroirs et de nos besoins nutritionnels. Les OGM ne sont qu’une
marche de plus vers cette utilisation forcée des pesticides et cette disparition de toute
biodiversité.
4 Organismes Génétiquement modifiés : allergies, résistance
aux antibiotiques, contamination aggravée des chaînes
alimentaires par les pesticides …
Les herbicides ou insecticides sont synthétisés en grande quantité par les plantes OGM
puisque la plante manipulée sécrète elle-même un insecticide et/ou peut tolérer un herbicide
et le concentrer davantage. Ces pesticides se retrouvent donc dans notre alimentation et
celle des animaux d’élevage dont nous consommons la viande.
La synthèse effectuée à petite dose et de façon continue par les OGM, induit des résistances
chez les insectes et les plantes qui conduisent à renforcer les quantités d’herbicide et
d’insecticide par épandage externe. On obtient donc l’effet inverse de celui recherché,
puisqu’un des arguments retenus en faveur des OGM est la réduction de l’utilisation des
pesticides.
Or, les herbicides associés aux OGM, tels que le glyphosate (Round Up), sont neurotoxiques,
mutagènes, et causent des problèmes de reproduction sur le long terme. Ces risques ont été
mis en évidence par le CRII-GEN .
En outre, il existe des risques infectieux liés aux OGM : les trans-gènes codant des
résistances à des antibiotiques utilisés très couramment en médecine humaine, comme
l’ampicilline, ont déjà causé des morts par infections résistantes dues à dissémination de
gènes de résistance aux antibiotiques . Pourtant les OGM contenant des gènes de résistance
aux antibiotiques n’ont pas été immédiatement retirés des catalogues officiels (9), alors que
ces gènes peuvent s’intégrer à des bactéries pathogènes du tube digestif des animaux et les
rendre résistantes (10).
Les OGM auraient par ailleurs des effets allergisants. Déjà, en 1996, des chercheurs ont
fabriqué du soja transgénique en y ajoutant des morceaux d’ADN de noix du Brésil. Puis ils
l’ont fait consommer à des personnes allergiques à la noix. L’allergie provoquée a été plus
importante avec le soja génétiquement modifié qu’avec les noix du Brésil seules (11). Ce
soja n’a jamais été commercialisé, mais le potentiel allergénique de tous les OGM n’est pas
systématiquement testé et les personnes allergiques risquent d’avoir de plus en plus de mal
à choisir leur nourriture.
L’agriculture biologique n’utilise pas de semences OGM. Le logo AB est le seul à
assurer une traçabilité impliquant que l’animal à été nourri avec une alimentation dépourvue
d’OGM. Pourtant, la culture expérimentale en champ d’OGM et surtout la culture
commerciale de plantes génétiquement modifiées et leur mise sur le marché compromettent
la pureté des aliments issus de l’agriculture biologique. Il est, par conséquent, nécessaire
que la question de la coexistence des cultures et des filières soient traitée avec le plus grand
sérieux par les pouvoirs publics. Même le Centre Commun de Recherche de l’Union
Européenne estime difficile, voire impossible cette coexistence (12).
5 Elevage intensif : risques épidémiques émergents,
résistance aux antibiotiques, pollution par les nitrates…
La « crise de la vache folle » ne peut être circonscrite à une histoire révolue : elle doit
rester dans nos mémoires comme un signe d’alarme majeur même si la suspension, en
novembre 2000, de l’utilisation des farines de viandes et d’os (FVO) et des protéines
animales dans l’alimentation de toute espèce animale propre à la consommation humaine a
permis d’enrayer la crise (INRA).
On a découvert, grâce aux scientifiques européens, que les FVO étaient un facteur de
transmission du prion (source de l’Encéphalopathie Spongiforme) à l’homme, voire à
d’autres espèces animales (le passage aux caprins est désormais confirmé). 157 personnes
sont décédées pour avoir consommé des produits animaux infectés, et 7 autres semblent
être condamnées dans les prochains mois. Mais combien d’autres encore, puisque le temps
de latence entre l’ingestion du prion et la survenue de la maladie reste inconnu (plusieurs
décennies) ?
On constate, en outre, une utilisation dangereuse des antibiotiques ajoutés, comme
facteurs de croissance, à l’alimentation des animaux. Elle concerne en France, la grande
majorité des porcs, dindons et veaux ; environ les 2/3 des poulets et 1/3 des bovins à
viandes (13). Dès la fin des années 60, les dangers potentiels pour la santé (sélection chez
les animaux de bactéries résistantes qui passeraient chez l’homme, notamment par la
chaîne alimentaire) associés à l’augmentation des résistances dans les élevages intensifs,
sont mis en évidence (rapport du Comité Swan-UK). Les germes sont de plus en plus
résistants aux traitements habituels et, de plus, de nouveaux germes pathogènes
apparaissent par mutations génétiques en réaction à cette maltraitance de l’animal et de
l’environnement : c’est le phénomène des maladies dites « émergentes », aussi bien pour
l’homme que pour l’animal et parfois pour les deux à la fois. Globalement, ce risque
infectieux représenté par les élevages intensifs a été dénoncé par l’OMS dans son rapport de
1996 sur l’état de la santé dans le monde.
Le risque infectieux provient aussi des conditions concentrationnaires, aberrantes,
d’élevage. Les gros élevages hors sols, en concentrant des quantités énormes d’animaux de
même espèce dans des bâtiments artificiels, concentrent en même temps tous les microbes
qui les accompagnent et créent d’immenses « fermenteurs microbiologiques incontrôlés »
qui sélectionnent régulièrement de nouveaux microbes ou virus pathogènes pour l’homme.
La coexistence d’élevages intensifs aviaires et porcins est dénoncée par les spécialistes
virologues de la grippe comme un facteur de risque majeur pouvant faciliter l’émergence
d’une pandémie grippale très virulente pour l’homme.
Malgré ces mises en garde mettant en cause les conditions d’élevage (comparables pour les
piscicultures intensives), le système productiviste perdure.
L’agriculture biologique propose une solution pour prévenir les risques relatifs à la
consommation de viandes, de produits d’origine carnée et de poissons. Les animaux sont
nourris à plus de 90% avec des aliments biologiques, ont accès à des parcours de plein
air et disposent d’un confort satisfaisant. Ils sont soignés en priorité à l’aide de
thérapeutiques douces. L’usage de produits anti-parasitaires est abandonné car le
parasitisme est important pour la santé des animaux.
6 Ionisation des aliments : cancers, maladies
cardiovasculaires (14)
L’ionisation des aliments, qui n’est autre qu’une irradiation, est le traitement de
ceux-ci avec des doses de radiations ionisantes, plus ou moins fortes selon l’effet
recherché, afin d’en retarder le mûrissement et/ou de tuer les bactéries
responsables du pourrissement, ainsi que rendre stériles ou tuer les insectes.
Cette technique a pour principale raison d’être l’allongement de la durée de conservation
des aliments pour le stockage, ce qui permet une plus grande délocalisation de la production
des aliments à des coûts toujours plus bas.
Aujourd’hui, l’ionisation des aliments est autorisée en Europe pour les herbes aromatiques
séchées, les épices et les condiments végétaux. La France autorise en plus l’ionisation de 16
autres aliments (légumes secs et fruits secs, certaines viandes…).
Si l’ionisation donne une belle apparence aux aliments, elle en appauvrie beaucoup la valeur
nutritionnelle en détruisant leurs vitamines et ceci contrairement aux affirmations de
l’Organisation Mondiale de la Santé (15). D’autre part, les réactions chimiques sont
imprévisibles dans des systèmes aussi complexes que des organismes biologiques. Ainsi,
l’ionisation peut faire apparaître dans l’aliment traité des cyclobutanones, reconnus comme
cause de dommages cellulaires et génétiques chez l’Homme, ainsi que des radicaux libres,
du benzène, du toluène, tous connus pour favoriser l’apparition de cancers, de maladies
cardiovasculaires… Enfin, l’ionisation pouvant modifier le patrimoine génétique des bactéries
et champignons, ceux-ci peuvent muter, créant un risque de nouvelles pathologies.
Enfin, l’ionisation est dangereuse pour les personnes travaillant sur les sites industriels, ainsi
que pour l’environnement (risques liés au transport et à l’utilisation de substances
radioactives dans les centrales d’irradiation des aliments).
Néanmoins, l’industrie agroalimentaire et l’Organisation Mondiale de la Santé persiste à nier
la dangerosité du procédé.
Or, « des aliments produits dans de bonnes conditions sanitaires et commercialisés
dans des délais raisonnables n’ont pas besoin d’être irradiés » (16)
(www.actionconsommation.org). L’agriculture biologique n’utilise pas ce mode de
conservation des aliments. D’autre part, l’agriculture biologique défend une politique de
production locale des denrées alimentaires et de consommation liée aux saisons qui évite les
nécessités de stockage.
7 Additifs, arômes et compléments alimentaires de synthèse :
allergies, cancer, troubles neurologiques…
Il est également urgent de se pencher sur cette inquiétante inflation de notre consommation
de produits transformés avec des additifs alimentaires – colorants, conservateurs
antiseptiques, conservateurs antioxydants, agents de texture (gélifiants, émulsifiants,
épaississants), arômes et édulcorants. Pas moins de 357 additifs alimentaires sont
aujourd’hui autorisés en Europe. Cette sophistication de notre alimentation n’est-elle pas
nocive pour le corps humain ? Que savons-nous des produits chimiques que nous ajoutons
depuis une cinquantaine d’années à notre nourriture ?
Le Docteur Blaylock publie, en 1998, un article impliquant l’aspartame dans de nombreux
troubles neurologiques (migraine et maladies telles que Alzheimer et Parkinson). Or,
l’aspartame est toujours autorisé en France.
Les additifs pourraient être aussi la cause d’un nombre grandissant d’allergies
alimentaires. Des réactions au sulfite ont été observées. Elles se manifestent
essentiellement par de l’asthme mais aussi par des nausées, des douleurs abdominales,
voire des réactions anaphylactiques. Il est nécessaire de savoir qu’une dose de quelques
milligrammes (17) est suffisante au développement de symptômes d’intolérance.
L’introduction d’arômes ne nécessitant aucune autorisation, ce sont pas moins de 3000
espèces, ne faisant l’objet d’aucune obligation d’étiquetage, qui ont été ainsi introduites en
toute liberté dans notre alimentation. Aucune étude toxicologique sérieuse n’a encore faite.
Concernant les compléments alimentaires de synthèse, la DGCCRF, dans une étude réalisée
en 2002, révèle que, sur les 4000 échantillons analysés, 60 % d’entre eux ne sont pas
conformes à la législation en vigueur. Les infractions relevées concernent le plus souvent
l’adjonction de substances non autorisées, mais elles touchent aussi les messages
publicitaires établissant un lien positif entre la santé et certains composants qui ne font
l’objet d’aucune vérification avant la mise sur le marché des produits. La DGCCRF a
constaté, dans de nombreux cas, l’absence de preuves scientifiques de ces allégations
(http://www.finances.gouv.fr/DGCCRF).
Encore une fois l’agriculture biologique apporte une réponse, car elle n’a pas recourt
aux additifs et aux arômes de synthèse. Elle propose une alimentation riche en
nutriments, vitamines et minéraux, car ses productions en sont naturellement riches et la
transformation « biologique » ne diminue pas les valeurs nutritives des produits de base.
Conclusion
Si l’agriculture biologique apporte une réponse évidente aux problèmes de santé suscités
par la production agricole et sa transformation, est-elle aussi en mesure d’avoir une
vocation plus large en fournissant toute la nourriture dont notre population a besoin ?
Jean-Marc Jancovici (18) donne une réponse positive à cette question :
» Dès que l’on regarde un peu la répartition des surfaces agricoles, on constate rapidement qu’en fait
cette question est étroitement imbriquée dans la suivante : quelle quantité de viande voulons-nous
manger, indépendamment de la qualité de cette dernière ?(…) Entre 65 et 70% de la surface agricole
est (…) consacrée à l’alimentation des animaux. On constate également que les cultures légumières
et fruitières (c’est-à-dire tous nos fruits et légumes, vigne et pommes de terre exceptées)
représentent seulement 2% des surfaces agricoles. Une bonne partie de la nécessité d’une
agriculture intensive tient donc à notre souhait de manger beaucoup de viande à bas prix.
L’abondance de laitages (et donc de glaces, pâtisseries, gâteaux…) est partiellement liée à un
système produisant de la viande en abondance bien sûr (…). Dès lors que nous accepterions de
manger moins de viande, il deviendrait envisageable de tout manger bio, une perte de rendement de
50% de l’agriculture dans son ensemble étant alors parfaitement acceptable ». (www.manicore.com).
Les systèmes agro-écologiques qui pratiquent les cultures associées, l’agroforesterie et la
complémentarité culture-élevage sont tous plus productifs à l’hectare que les mono-cultures
industrielles. Ils nécessitent plus de main d’oeuvre et moins de consommation d’énergie
fossile (carburant pour les machines et engrais chimiques). Or, si quelque chose devient
rare aujourd’hui sur notre planète, ce sont bien les énergies fossiles et non la main d’oeuvre.
Un immense réservoir de main d’oeuvre inemployée est aujourd’hui constitué de paysans qui
ont faim parce que les monocultures industrielles se sont emparées des terres (19).
L’agriculture biologique apporte bien davantage qu’une solution aux problèmes de santé liés
à notre système alimentaire, elle permet de reconquérir une véritable autosuffisance sur le
plan alimentaire.
Aux interrogations suscitées par notre modèle alimentaire, OBJECTIF BIO propose des
réponses concrètes par un travail de soutien actif à l’alimentation biologique et le lancement
d’une campagne de réflexion sur les impacts de l’agriculture conventionnelle comparés à
ceux de l’agriculture biologique. Son ambition est de préparer à une réforme du système
agroalimentaire.
Bibliographie
(1) Etude menée en 2002 par la Direction de la santé et de la protection des
consommateurs de la Commission européenne (DG SANCO).
(2) Etude du Professeur Niels Schaïbec, spécialiste danois de la reproduction, cité par le
cancérologue Pr. Dominique Belpomme dans » Ces maladies créées par l’homme, comment
la dégradation de l’environnement met en péril notre santé », chez Albin Michel.
(3) Diminution importante de la qualité du sperme et augmentation de la fréquence
d’inficondité masculine de 1.6 à 9% et de l’hypofécondité de 5 à 45% de la population –Van
Waeleghem K, De Clercq N, Vermeulen L, Schoonjans F et Comhaire F (1996), Deterioration
of sperm quality in young helthy Belgian men, Human Reproduction 11/2 pp 325-329.
(4) Rapport du Dr. Olivier Le Curieux Belfond, biologiste, sous la direction du Pr. Gilles -Eric
Séralini : agriculture biologique, effets sur l’environnement et l’alimentation.
(5) Article L645-1 du Code rural.
(6) Josée Breton, Equiterre, juillet 2003.
(7) Curl, Fenske, Elgertun, “ Organophosphorus pesticide exposure of urban and suburban
pre-school children with organic and conventional diets”, Environmental Health Perspectives,
octobre 2002.
(8) Pr. Dominique Belpomme, » Ces maladies créées par l’homme, Comment la dégradation
de l’environnement met en péril notre santé « , Albin Michel, 2004 .
(9) Directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 mars 2001 relative à
la dissémination volontaire d’organismes génétiquement modifiés dans l’environnement et
abrogeant la directive 90/220/CEE du Conseil.
(10) Professeur Courvalin – Institut Pasteur.
(11) N. Engl. J. Med., mars 1996 ; vol. 334 : p. 688-692.
(12) « Scénarios pour la coexistence de plantes génétiquement modifiées, conventionnelles
et biologiques dans l’agriculture européenne » – Joint Research Center de la Commission
Européenne – 2002.
(13) Denis Corpet, « La Recherche », novembre 98, p.59.
(14) Rapport sur l’irradiation des aliments du Député Vert Européen Paul Lannoye, Docteur
en sciences, ainsi que les sites http://biogassandi.ifrance.com, www.mdrgf.org,
http://www.actionconsommation.org et http://ionisation.free.fr.
(15) Communiqué de presse de l’OMS du 19 septembre 1997 sur www.who.int.
(16) Article : « Contre l’irradiation des aliments » – www.actionconsommation.org.
(17) » Allergies alimentaires » – Plan National Nutrition Santé.
(18) « La planète entière pourrait-elle manger bio ? », Jean-Marc Jancovici,
(www.manicore.com).
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